
Les pinceaux |
Je fais de la peinture de manière intensive depuis maintenant une vingtaine d’années.
Très tôt, dès l’enfance, la peinture a été à l’horizon de mes activités ; mais les chemins de la vie sont souvent tortueux et ils vous conduisent à séjourner dans l’imprévu et l’imprévisible
Le goût de l’écriture et la nécessité de réfléchir m’ont conduit, d’abord, dans une autre direction : les lettres, la philosophie : études, agrégation, enseignement : ce qui assure au moins le pain quotidien, et apporte aussi d’autres richesses : des lectures, des perspectives, des analyses , une propension à la critique et à la remise en question de soi, la rencontre de jeunes êtres avides d’apprendre et de comprendre.
J’enseigne toujours, mais l’âge me conduira bientôt à renoncer ; la pratique de l’examen philosophique subsistera . |

La presse taille douce |
La peinture n’est pas de la philosophie .
Je n’ai jamais considéré qu’il s’agissait pour moi d’illustrer des idées philosophiques ni de faire la théorie de ma peinture . Ces deux activités se rencontrent en moi, nécessairement, mais elles ne partent pas de la même source .
Peindre c’est réagir à des formes, des couleurs, des rythmes : à la sinuosité d’une ligne, l’organisation d’un paysage, l’expressivité d’un corps, l’éclat d’un rouge . Ce n’est pas une opération aveugle, cela reste une opération obscure. Et même si la réflexion vient introduire une certaine clarté, cette obscurité subsiste et il est souhaitable qu’elle le fasse, parce qu’elle contient sa propre lumière; soleil noir ; noir soleil, non pas de la mélancolie, mais de ces pigments, de cette matière posée sur la toile, de ces crayons, de cette encre, de cette réalité visible qui vous poussent, vous stimulent , ne vous laissent aucune tranquillité jusqu’à ce que vous ayez essayé de les disposer en un certain ordre sur la toile ou le papier et reconstruit quelques bribes de ce grand monde qui vous fait face et vous interpelle. |
les crayons |
Pourquoi ? En vue de quoi ? C’est précisément ce que, peignant, j’essaye de savoir ! En tenant le fusain, en plongeant dans les couleurs de la toile, en incisant le cuivre avec la pointe, je découvre peu à peu quelque lumière ! L’encre noire, la toile brune, la matière colorée deviennent lumière et nous éclairent : mais c’est la peinture qui est à elle-même son propre soleil . |